Maximes et Réflexions ont été traduites en français peu d’année après la mort de Goethe, mais ne reçurent aucun succès. Même en Allemagne, ce n’est qu’à partir de 1870 (une trentaine d’années après la disparition de l’auteur) que ces pensées profondément remaniées et découpées en diverses sections contenant des explications et des critiques commencèrent leur vraie carrière.
Il est vrai que ces réflexions sont plutôt sévères au point de difficilement recevoir l’adhésion du public. Certaines d’entre elles sont toutefois si connues et citées qu’elles sont souvent considérées comme faisant partie d’une propriété littéraire commune, ou comme étant des dictons ancestraux.
La justesse de leur propos, la modernité des remarques, le caractère visionnaire de certaines d’entre elles, portent à croire en l’intérêt d’une réédition de cette œuvre. Cette édition est basée sur une traduction révisée.
« Je regarde comme le plus grand mal de notre siècle, qui ne laisse rien mûrir, cette avidité avec laquelle on dévore à l’instant tout ce qui paraît. On mange son blé en herbe. Rien ne peut assouvir cet appétit famélique qui ne met rien en réserve pour l’avenir. N’avons-nous pas des journaux pour toutes les heures du jour ? Un habile homme en pourrait encore intercaler un ou plusieurs. Par là tout ce que chacun fait, entreprend, compose, même ce qu’il projette, est traîné sous les yeux du public. Personne ne peut éprouver une joie, une peine, qui ne serve au passe-temps des autres. Et ainsi chaque nouvelle court de maison en maison, de ville en ville, de royaume en royaume, et enfin d’une partie du monde a une autre, avec une effrayante rapidité ».
« Il n’est pas plus possible d’arrêter le mouvement moral du siècle que celui des machines à vapeur. L’agitation du commerce, la circulation du papier-monnaie, l’accroissement des dettes pour payer les dettes, voilà le milieu dans lequel vit aujourd’hui un jeune homme. Heureux celui que la nature a doté d’un esprit assez modéré et paisible pour ne pas faire au monde des demandes exagérées, et pour conserver la liberté de ses déterminations ».